La douleur

Imaginons un univers d’où la douleur aurait disparu.

Il n’est pas question ici de la souffrance au quotidien, physique ou morale, que subissent tant de gens malheureux et que les médecins appellent « douleur chronique ».

Il s’agit plutôt de la sensation douloureuse, de ce signal d’alarme que nous possédons, qui est en chacun de nous.

Cette « douleur aiguë » qui, par exemple, nous fait nous écarter vivement en cas de brûlure ou, au contraire, à nous immobiliser en cas de fracture, ou encore à nous mobiliser en cas de maladie.

Pour fuir ou faire front

C’est un signal que personne ni aucune technologie n’a pu à ce jour copier tant il est perfectionné. Il se manifeste dans n’importe quelle partie de notre corps, en surface ou en profondeur, à tout moment y compris pendant notre sommeil le plus profond, il nous alerte aussi quand un danger nous guette sur le plan moral et il nous met en demeure de nous protéger.

C’est une fonction biologique, une magnifique capacité des organismes à réagir à une agression, la faculté de s’éloigner (ou de faire front) quand quelque chose ou quelqu’un porte atteinte à notre intégrité.

En cas de panne, le danger est grand

Imaginons, donc, un monde où, quoi qu’il arrive, on ne connaisse plus la douleur. Imaginons un monde où, si l’on se brûle, on ne ressente aucune sensation. Alors, on continuera de brûler, on se consumera tant qu’on ne verra pas ce qui se passe.

Il est donc indispensable, vital, que nous puissions réagir, aussi vite que possible, si nous nous brûlons, piquons ou en cas d’agression microbienne ou psychologique. Et cette réaction est induite par la douleur.

D’où le danger des substances qui annihilent la douleur car, dans ce cas, vous masquez votre douleur, donc la cause, donc l’agresseur qui peut, alors, continuer impunément – et insidieusement – à agir :

- vous avez mal

- vous prenez ce remède sans vous préoccuper de ce qui est à l’origine de cette douleur que vous ressentez

- vous n’avez plus mal

- ce qui vous agresse continue de le faire silencieusement

- tout d’un coup vous avez très mal parce que les dégâts sont trop importants et rien ne peut plus alors vous soulager.

Faut-il souffrir ?

Il n’est pas question ici, bien sûr, d’une situation où l’agresseur – la maladie par exemple – est identifié et que le remède approprié agit sur la cause elle-même et pas sur la douleur.

Dans ce cas, pourquoi souffrir si l’on peut faire autrement et un analgésique associé à ce remède sera le bienvenu.

Cette douleur qui mine, jour après jour, l’infortuné malade chronique, recule inexorablement devant les efforts incessants de scientifiques qui s’y consacrent totalement.

Et nous devons rendre hommage à la médecine, aux chercheurs, à ces femmes et ces hommes qui ont amené tant de progrès dans ce domaine.

Une écoute constante

Mais, au quotidien, à chaque instant de notre vie, la sensation douloureuse assure notre protection, notre sauvegarde. C’est un formidable signal d’alarme.

Il est donc important d’être à l’écoute de soi, face à une agression extérieure, évidemment, mais aussi dans notre comportement, dans l’usage que nous faisons de notre corps.

L’état douloureux est le plus impérieux, celui qui n’admet aucune attente, aucun délai et qui déclenche toujours une réaction.

Il en est deux autres qui nous sont familiers: l’état de non-douleur ou neutre, et l’état de bien-être ou de plaisir.

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